
Du Monastier sur Gazeille à St Jean du Gard
Catherine Revel
A quoi pensais-tu, à qui rêvais-tu
en t'engageant sur le Chemin Stevenson ? Où déambulais-tu la veille de ton
départ ? Ce soir, je pense à toi. Voyais-tu, promeneur solitaire, dans le
village endormi les lumières du ciel, éclairage de l'infini sur ton projet
indéfini ? Imaginais-tu les rêves fatigués ou joyeux des passants croisés dans
Le Monastier sur Gazeille, des inconnus aux paupières closes derrière les volets
fermés de la nuit ? Ou bien, un être trop cher occupait-il tout le fond de ton
cour ?
Et moi, qu'est-ce que je veux dans ce voyage ? Qu'est-ce que j'admire en parcourant ce soir les ruelles serrées de Pradelles ? Elles sont coupées ça et là de ronds de lumière artificielle, masquant des recoins sombres où l'on s'attend à voir resurgir le passé, en touchant ces vieilles pierres séculières et imprégnées d'histoire, ruelles closes au sein des murs serrés, rompues par des placettes ouvertes vers l'espace lozérien, vers la nuit de la Bête du Gévaudan, ville fantôme dont les lueurs s'échappent sous un toit de brouillard, à la fois le crevant pour aller plus loin et le teintant mais s'y arrêtant ne pouvant pénétrer cet autre monde et leur blancheur s'enfonce vainement dans le noir.
J'attends, j'écoute cette soirée, et
les jours à venir. En sortent le son des cloches de troupeaux, à moins que ce ne
soient des souvenirs d'un autre âge, rendus en ce soir impénétrable à une
solitude plongée dans un temps qui n'est pas le sien. Le temps, l'espace, tout
m'est présent. Sous la chapelle Notre-Dame, mon regard levé est attiré par les
rayons rouge orangé qui s 'échappent vers le ciel. Un petit parc domine le
village où le promeneur regardant vers le bas voit la vieille ville endormie
sous ses lumières modernes et la statue de Marie, du haut du toit de l'édifice,
détachée par l'éclairage regarde avec lui ces familles endormies dans leurs
chauds intérieurs et sous l'obscurité.
J'espère que ces documents vont vous transmettre de beaux souvenirs. C'est leur unique objectif. Voici un récapitulatif de nos étapes :
NB : Distance et dénivelé ne sont donnés qu'à
titre indicatif pour ceux qui aimeraient se faire une idée de ce que cela
représente pour les jambes, l'essentiel reste dans les yeux et le cour !
L'ensemble, écrits et images, n'engage que la perception de l'auteur même si je dois de grands remerciements pour la confection de ce petit souvenir à tous les « photographes » du groupe : Denis, Pierre et Laurent, ainsi qu'à tous les « sujets » photographiés : Annie, Christian, Gisèle, Philippe, Renée et à tous pour votre compagnie dans ce voyage, pour vos regards, sans oublier Keneth et Popov (!) et à tous ceux qui nous ont accueilli.
***
Première journée,
démarrage.
Lever matinal à Pradelles, rencontre joyeuse autour d'un café serré, ou plutôt
de plusieurs, au comptoir du café avec Gilles Romand, propriétaire des ânes, son
épouse et quelques habitués ; Et c'est
parti ! La camionnette quitte la route principale pour s'enfoncer dans le
brouillard sur un chemin de terre entre landes et pins. Un passe dans la
clôture, nous y sommes, pas d'ânes en vue, mais à l'appel de leur maître toute
une troupe surgit dans le brouillard.
Joyeux et beaux, ils sont venus dans leurs robes grises, perlées d'humidité, calmes et élancés, plus grands que mon imagination. Keneth et Popov sont les élus qui vont accompagner le périple de dix jours ; confiants, ils se laissent passer le licol et entraîner même par moi qu'ils ne connaissent pas et qui n'ai jamais touché un âne. Je me sens un peu coupable et traître de profiter d'eux, de leur confiance, de les enlever à leur tranquillité, à leur liberté.Monter dans la camionnette va d'ailleurs moins de soi. Et de retour à Pradelles, nous commençons à faire connaissance par mon apprentissage en terme de harnachement, d'autorité, de conduite car dans moins d'une heure, ce sera à mon tour de faire la démonstration !
Mes regrets de n'être pas venue pour une journée
d'entraînement s'accroissent ; heureusement, Gilles Romans se veut rassurant et
plus confiant que moi sur mes aptitudes, mais j'ai aussi à l'esprit quelques
craintes quant aux bagages de mes compagnons de route et leur patience, leur
goût pour la compagnie animale eux qui vivent en ville. Et puis, nous sommes en
retard et j'espère que pour un rendez-vous fixé d'aussi loin dans le temps et
l'espace, cela ne créera pas trop d'inquiétude. Je m'en veux d'autant de ne pas
être arrivée assez tôt hier pour ce petit cours.
Enfin, après la course des préparatifs de mon départ
de Toulouse pour plusieurs mois, la maîtrise du temps n'est plus en mon pouvoir
et l'attente heureuse, le bonheur de ces rencontres, de ces moments hors du
commun sont seuls importants, et après un dernier café, la détente vient et
malgré les soucis de mon conducteur par rapport au niveau d'essence et le retard
qui s'accroît, j'apprécie le trajet, réalisé au ralenti pour respecter les ânes,
dans ce Velay inconnu et brumeux.
C'est le début d'un grand voyage, l'inauguration d'une année particulière loin de Toulouse et de son hôpital (où je suis infirmière).
Une pompe résout le problème de carburant et les virages d'une plus petite route s'enroulent près de la Loire, heureusement non noyée par EDF m'explique mon guide. Il fut question de la construction d'un barrage ici. Autour de considérations sur la vie ici ou citadine et les champignons.
Ancien hôtel de villégiature avec un magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile Gîte d'étape et de séjour se situe à La Bastide-Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France. Au croisement des GR7, GR70 Chemin Stevenson, GR72, GR700 Voie Régordane (St Gilles), Cévenol, Gorges de l'Allier, Roujanel, Montagne Ardéchoise, Margeride et des petites randonnées à la journée. Idéal pour un séjour de détente.