
Du Cheylard l'Evêque à La Bastide-Puylaurent
Catherine Revel
Quatrième étape: 24 km, +590mL'itinéraire passe par des pinèdes, des vallons tout verts en bordure de ruisseaux, des chemins plus élevés dominant les dômes boisés, peu de maisons. Le groupe s'est scindé, l'avant-garde avance vite, tout en cherchant des champignons, tandis que derrière, nous sommes trois à « traîner » au rythme des ânes. De surcroît, nous croisons leurs « cousins », des chevaux, magnifiques dans leur liberté entre landes et forêts ; une clôture pourtant les enserre, si bien que finalement, je me demande en regardant les animaux qui s'observent si ce ne sont pas les ânes malgré leur charge qui sont les plus heureux, contraints, plus ou moins par nos mains, mais avançant dans un espace ouvert.
Un abri en bordure d'un lac a motivé les autres
pour nous attendre, il ne fait pas si chaud que cela. Des échanges se produisent
dans les conducteurs et c'est parti pour le château de
Luc. Laurent véhiculé ce
jour-là dans la fourgonnette des techniciens de la petite troupe de théâtre en
raison d'une tendinite arrive à notre rencontre, heureux signe de l'objectif du
midi. Au cour des ruines, un vent frais souffle malgré le soleil, chacun part
dans son sens en exploration curieuse des traces du passé où intéressé par les
murs protecteurs.
Finalement, au pied de la Vierge fichée sur le donjon, les troupes trouvent leur satisfaction, Keneth et Popov aussi, surtout que de plus en plus connaisseurs et confiants, nous les laissons en liberté, premier essai désormais reconduit chaque midi. Christophe, l'acteur solitaire rejoint les pas des derniers d'entre-nous pour la descente au village, occasion de prolonger le dialogue de la veille et de faire revivre au milieu Stevenson et différentes perspectives dans la lecture de son cheminement. Malheureusement, nous allons cette fois ne plus nous revoir car l'auteur ayant fait une étape à Luc, la troupe de théâtre s'y arrête tandis que nous partons pour La Bastide-Puylaurent le soir-même via l'abbaye de Notre-Dame des Neiges.
Dans Luc, une grange retient
l'attention de Pierre, Denis et moi, séparément et va s'imprimer sur les
pellicules de nos appareils photos respectifs sans concertation. Son apparence
par l'agencement de ses pierres attire les yeux qui obtiennent confirmation de
son vieil âge par la date sur la porte, antérieur à 1700. Et nous voici tous
trois encore en arrière. sans ânes en excuse !
La première partie de l'après-midi est à l'opposé du matin, entre route et train, le trajet semble plus proche de la civilisation et est en tout cas plus fréquenté. Tout de même, de grands bâtiments de colonie désaffectés, du moins nous l'espérons car leur aspect « caserne » fait un peu peur, témoignent d'un retrait de la vie humaine même ici au bord des voies de communication.
De toute façon, pour nous, s'en éloigner est le mieux et nous montons sous le soleil sur la montagne qui domine l'abbaye Notre Dame des Neiges. Les balises perdues, c'est par notre propre chemin que nous nous dirigeons, plus proches de Stevenson qui allait ainsi sans route strictement dictée.
Le point de vue est large vers
La Bastide-Puylaurent et le
Mont Lozère, mais les
toits du monastère masquent leur tranquillité derrière les hauts résineux
jusqu'au dernier moment car nous arrivons par derrière. Nos compagnons
herbivores vont se régaler après autorisation en mangeant les feuilles de frêne
que deux moines sont justement en train de tailler ; je savoure le calme du lieu
dans l'ombre près d'eux tandis que certains
visitent selon les goûts, la
librairie, l'église ou le bar ! C'est que ces moines mûrissent ici leur propre
cuvée, venue de leurs vignes du Gard (Bellegarde).
Denis pas très en forme part seul en avant et les autres se regroupent pour le dernier bout de la journée ; il semble long, long. Un randonneur vient face à nous, c'est Pierre, le photographe ; il compte dormir comme Stevenson chez les moines mais ce n'est pas possible, l'accueil étant à présent destiné aux seuls retraitants.
A La Bastide-Puylaurent, malgré un repérage antérieur, j'hésite pour trouver le Gîte d'étape et de séjour L'Etoile, et puis, enfin, nous voilà chez Philippe Papadimitriou, cet « ami » mainte fois évoqué par Christian, un membre éminent et apprécié de notre association. Est-il tel que je l'avais imaginé ? Oui et non, plutôt non, certes pourtant pas décevant; et moi, suis-je comme au téléphone ?!
Notre hôte a un parcours atypique et toute sa maison le dit. Du feu de cheminée, en passant par le piano dans un coin, des cèpes cueillis ce jour par nos chercheurs invétérés, Christian, Philippe, Laurent cuisinés avec ail et fines herbes par lui-même, au repas partagé puis aux bières belges, tous les ingrédients sont là pour une discussion animée entre Denis et lui ; « et si nous refaisions le monde rural ? ».
Pierre lit au coin du feu, certains sont allés se coucher et nous, dans quel monde sommes-nous entre passé et présent, terroir et universalité tandis que la soirée se prolonge dans ce joli coin perdu de Lozère relié au monde par un hôte voyageur féru d'internet.
Ancien hôtel de villégiature avec un magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile Gîte d'étape et de séjour se situe à La Bastide-Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France. Au croisement des GR7, GR70 Chemin Stevenson, GR72, GR700 Voie Régordane (St Gilles), Cévenol, Gorges de l'Allier, Roujanel, Montagne Ardéchoise, Margeride et des petites randonnées à la journée. Idéal pour un séjour de détente.