
Du Pont de Burgen à Saint-Jean-du-Gard
Catherine Revel
Dixième
et dernier jour: 15 km, +410mDehors, Keneth et Popov nous regardent, leurs deux têtes et les arbres se dessinent en ombres chinoises sur le ciel. Un petit croissant de lune entourée d'un halo s'y détache encore à cette heure-ci.
Au
revoir, mon frère, bonne marche dans la solitude avec un regard à la Stevenson
sur le paysage en éveil, avec tes pensées à toi sur le retour à la vie
parisienne. Je m'assoie à la terrasse, regarde l'apparition des couleurs et
écoute. Un chien pleure, les oiseaux chantent et l'eau coure. Dans le ciel, les
nuages, ou attendent, ou défilent, épais, mais laissant un grand espace où le
bleu de plus en plus se dessine, chassant la nuit. La lune moins contrastée se
veut plus discrète, mais son oil persiste.
La maison commence à bouger, et nous
allons devoir nous activer pour tenter d'arriver à 14 heures à Saint Jean du
Gard, revenir au démarrage de notre périple et assurer un retour chacun chez soi
dans la soirée. Peine
perdue, le trajet est un peu long pour réussir cette
prévision, Gisèle a raison, je vais encore nous faire presser. Ce dernier jour
ne finira pas en apothéose.
Rejoindre Saint-Etienne-Vallée-Française n'est d'abord pas très plaisant, en fond de vallée et sur goudron en partie. Je perds le groupe un moment pour appeler le propriétaire de nos ânes ; comme Robert Louis Stevenson, nous allons devoir nous en séparer à Saint-Jean du Gard, il faut savoir où nous allons devoir les abandonner. La montée puis la descente du Col de Saint Pierre au-dessus offrent de belles dernières visions sur des vallées de lumières. Nous empruntons un moment les traces de la Route Royale avec ses ornières imprimées dans le roc.
Et après le col, ultime récompense, des arbouses mûres agrémentent
le chemin. Dans ces derniers lieux de tranquillité, se fait une autre halte puis
le groupe se scinde pour gagner du temps car Keneth et Popov ne sont pas
rapides, et on dirait encore moins sur ces derniers kilomètres comme s'ils
regrettaient d'arriver.
La dernière portion non agréable sur le goudron semble une éternité et ils me font un peu « bouillir » sachant que nous avons du retard et m'en voulant aussi d'avoir si mal soigné le jour final et les adieux, triste aussi de les quitter. Enfin, un pré plein de haute herbe verte les accueille et du coup, ils ne se soucient plus de nous, c'est plus simple ! Renée va leur dire au revoir tout de même tandis qu'avec le taxi les bagages sont récupérés, c'est la dernière image avec celle de la course dans les rues de Saint-Jean du Gard à la recherche de notre deuxième taxi, mes parents, qui sont allés à un autre lieu de rendez-vous !
Saint-Jean du Gard, ses pierres blanches frappées par la lumière du soleil, l'arche de son pont à l'arrivée, sa gare et sa grande place aux nombreux platanes, voilà une carte postale de l'arrivée, malheureusement bien impersonnelle faute d'avoir partagé en groupe un dernier moment de tranquillité. Déception pour moi, mais sourires tout de même sur les visages de mes compagnons.
Pour
les derniers moments, il fallait bien se raccrocher au fil du temps, nécessaire et difficile étape pour
lier le voyage à nos vies, être à l'heure au départ et à l'arrivée et au milieu
avoir oublié les repères en marchant hors du temps.Au final, beau chemin tout
de même dans les pas de Stevenson, avec nos neufs regards accordés au rythme
de Popov et Keneth.
Ce récit ne retrace qu'une de nos visions et ne se veut pas objectif. Il est marqué par l'attachement particulier que porte mon cour à la marche au fil de temps et de l'espace, comme une lecture orientée de notre périple vers la lumière des paysages et les paroles des pierres venues du passé, des mots de Stevenson aussi. Je les revois, je les entends ainsi que la rencontre de nos personnalités au fil des jours et de l'expérience partagée où Keneth et Popov ont aussi leur part. Notre véritable voyage est dans notre vécu commun et ne peut s'écrire, peut-être ressurgirait-il ici où là en parcourant à nouveau un bout de route ensemble ?
Ancien hôtel de villégiature avec un magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile Gîte d'étape et de séjour se situe à La Bastide-Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France. Au croisement des GR7, GR70 Chemin Stevenson, GR72, GR700 Voie Régordane (St Gilles), Cévenol, Gorges de l'Allier, Roujanel, Montagne Ardéchoise, Margeride et des petites randonnées à la journée. Idéal pour un séjour de détente.