Randonnées dans les Cévennes en suivant le sentier Stevenson GR 70. Visite de St Germain de Calberte, St Jean du Gard où Robert Louis Stevenson a quitté son ânesse Modestine et a gagné Alès par la diligence.

 

 

Le Pays des Camisards de St Jean du Gard à Alès par le GR70
Jean Marie Maquet

Je retrouve aujourd'hui mon entière solitude, Ursula est repartie vers les collines, Les Ayres, le col de Jalcreste et puis Florac encore.  Adieu donc ! Au programme, une toute petite étape, essentiellement consacrée à la visite de deux musées.

À St-Jean-du-Gard d'abord, celui « des Vallées Cévenoles » me rappelle singulièrement le « musée de la Vie Wallonne » à Liège en Belgique. C'est frappant d'y observer combien, à des centaines de km., la vie rurale d'antan usait d'outils et d'ustensiles si analogues; combien elle inspirait des gestes identiques.  Mais, ici, je découvre aussi la place majeure du châtaignier et du mûrier dans la civilisation cévenole.  « L'arbre à pain » en a été longtemps un élément vital : les châtaignes nourrissaient hommes et bêtes; le bois servait de matériau de construction et le feuillage de litière; les Camisards trouvaient même occasionnellement refuge dans leurs troncs évidés. 

Pas étonnant que les armées royales aient incendié la forêt cévenole pour affamer les Camisards et les réduire à merci. Et le mûrier, encore au début du XXe siècle, assurera une relative aisance dans les vallées méridionales grâce au « pactole » de la soie. (Anna Rey raconte la vie de sa mère dans son livre « Augustine Rouvière, Cévenole » (Le Livre de Poche, n° 14661).  Et son héroïne confie : « Avant la guerre de 1914, on n'était pas trop malheureux dans ma douce vallée.  C'était la Cévenne. (...) Oui, notre vallée était bonne ! Et puis il y avait « les magnans ».  C'était cela qui faisait sa richesse.  C'était toujours après la vente des cocons qu'on pouvait enfin payer ses contributions. Tous les Cévenols plantèrent des mûriers et éduquèrent des vers à soie.  Les moignons tordus des mûriers se dressèrent vers le ciel d'hiver dans un paysage où, peu à peu, ils vinrent remplacer les vignes. (...) Les bonnes années, on faisait chez nous de trente à quarante kilos de cocons par once de graine et ils nous étaient payés cent cinquante francs environ. » Pp. 35-36).

J'ai revu avec joie le beau pont des Camisards à Mialet, dont les arches élégantes enjambent les eaux cristallines du gardon.

Mais après avoir parcouru ces collines où plane le souvenir omniprésent des Camisards, je souhaitais surtout visiter le « musée du Désert » au Mas Soubeyran.  Dans ce hameau, la maison natale d'un chef fameux, Pierre Laporte, dit Rolland, a été ingénieusement aménagée en y intégrant quelques demeures contiguës.  C'est ainsi le véritable mémorial du Protestantisme dans les Cévennes, qui manifeste un véritable culte à la Liberté.  Les fiers Cévenols, exécutés comme hérétiques, ne voulaient même pas se satisfaire de la tolérance, simple concession à une conviction dédaignée. 

Ils revendiquaient ni plus ni moins la liberté de conscience, la liberté de croire et de manifester leur foi sur un parfait pied d'égalité. « Récister » (sic): c'est la devise gravée par une des cévenoles emprisonnées dans la fameuse tour d'Aigues-Mortes, pendant que leurs époux ramaient sur les galères royales.  Son orthographe n'était pas à la hauteur de sa noblesse.  Qu'importe ! cet idéal n'est pas un vain mot dans ces montagnes; pendant la seconde guerre, les maquis furent actifs dans les Cévennes, terre d’asile pour les dissidents allemands et autrichiens, de même que pour de très nombreux Juifs.  Quelques habitants de St-Germain-de-Calberte ont ainsi mérité la « médaille des Justes ». Etape de 12 km

R.L. Stevenson a quitté son ânesse Modestine à St-Jean-du-Gard.  Et il a gagné Alès par la diligence.  Je prolonge donc son périple.  En avant pour cette ultime étape ! Mais ce ne sera pas simplement une tranquille balade en plaine.

Par Mialet, je regagne les collines sur les balises du « G.R.67 ».  Et au-delà des Aigladines, passé le col d'Uglas, le « G.R.44D » entame un véritable parcours de montagnes russes sur une longue échine bosselée.  Pas loin de 700 à 800 m. de dénivelée à crapahuter dans la garrigue; le sentier, rocailleux et tortueux comme j'en ai rarement rencontré depuis Brioude, se faufile sur la crête du bois de Malabouisse, dans un tunnel de chênes verts, de buis, de lauriers; il grimpe et dévale dans un chaos de blocs calcaires. 

Immense solitude; de toute la journée, pas la moindre présence dans la montagne. Tout au plus, l'un ou l'autre toits de tuile là-bas, au fin fond de la vallée du Galeizon, estompée dans la brume d'une journée moite et orageuse.  Solitude un peu angoissante... Je touche au but, avec des sentiments mitigés.  Avec une pointe d'appréhension.  Un accident, un incident stupide est toujours possible dans cette caillasse, sur ce sentier chaotique.  Et en même temps, ai-je vraiment envie d'en finir avec cette randonnée au long cours ? Pas sûr...

Je viens de terminer mon dernier casse-croûte sur le sommet de Montcalm.  Et là-bas dans la plaine m'apparaît l'agglomération d'Alès, brumeuse mais bien réelle; encore une bonne heure pour redescendre de ces chères montagnes.

C'est une idée malencontreuse de terminer une randonnée dans une grande cité.  Premier bruit: une sirène de police; première image: une immense H.L.M..  Brutal contact avec la fourmilière humaine. Etape de 25 km

Je déguste une bière à la terrasse du « Mal Assis » (sic), dans la piétonnier d'Alès.  Et la nostalgie déjà me prend.  Ce sentiment n'est pas neuf au terme d'une grande randonnée.  Mais je le ressens aujourd'hui avec une acuité particulière, la belle aventure est bien finie.  Je vais retrouver les miens,... mais aussi toutes les contraintes quotidiennes.  Ne pas perdre trop vite la mémoire des images, des sensations, le souvenir des émotions, l'exaltation de la pensée.  « Résister » à l'usure du quotidien; la liberté n'est-elle pas plus dans la tête et le cœur que dans l'air des montagnes ?

L'Etoile Gîte d'étape et de séjour à La Bastide Puylaurent entre Lozère, Ardèche et Cévennes

Ancien hôtel de villégiature avec magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile Gîte d'étape et de séjour se situe à La Bastide Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France, au croisement des GR 70 Chemin Stevenson, GR 7, GR 72, GRP Le Cévenol, GR 700 Voie Régordane (Chemin de St Gilles), le sentier des Gorges de l'Allier, le Tour du Roujanel, le Tour de la Montagne Ardéchoise et le Tour de Margeride. Idéal pour un séjour de détente.