Florac sommeille encore quand je
parcours ses ruelles désertes. C'est que, vers St-Germain-de-Calberte, j'ai de nouveau une solide
étape. Bien vite, avec le GR70, je tourne le dos aux falaises du causse Méjean
et je m'engage dans la vallée de la Mimente.

Les Cévennes de Florac à St Jean
du Gard par le sentier Stevenson
Jean Marie Maquet
Ce
dimanche matin,
Florac sommeille encore quand je parcours
ses ruelles désertes. C'est que, vers
St-Germain-de-Calberte, j'ai de
nouveau une solide étape.
Bien vite, avec le « GR 70 », je tourne le dos aux falaises du causse Méjean et je m'engage dans la vallée de la Mimente. L'altitude progressive et la forêt effacent les vrombissements de la circulation motorisée. Me revoilà dans la grande nature, au cœur de la Cévenne des châtaigniers. Les troncs robustes et noueux, aux formes sculpturales, colonisent les versants des collines. Surprise autant que moi, une biche détale dans un fracas de branches.
A St-Julien-d'Arpaon, je redescends traverser la rivière et j'entame alors un long cheminement, paisible et charmant, sur l'ancienne voie ferrée; aujourd'hui, c'est un plaisant chemin herbeux et fleuri qui épouse les méandres de la vallée en surplomb du ruban émeraude de la Mimente. À Cassagnas, le temps est radieux ; et incite au farniente... Pourquoi se presser alors qu'il ne reste guère qu'une bonne dizaine de bornes ?
Mais il faut tout de
même « y aller » et regagner la hauteur des collines. Le
GR regrimpe dans la forêt ; la pente est
confortable et ne contrarie pas l'agrément de la marche. La stèle élevée à
la mémoire des
Camisards au Plan de Fontmort mérite bien un petit détour sur le « GR7
- GR67 » venant de Barre-des-Cévennes.
(« Non loin de cet endroit, sur ma droite, se dressait le fameux Plan de Font
Morte où Poul, avec son cimeterre arménien, trucidait les Camisards de Séguier »
(R.L. Stevenson, « Voyage avec ... Cévennes ». Pg. 175).
C'est donc là que le capitaine Poul surprit « Esprit » Séguier et sa troupe de Camisards. À l’issue du combat, le meurtrier de l'abbé du Chayla fut capturé par les soldats du roi et emmené à Florac pour y être jugé. Ce site historique est ainsi consacré par une stèle, un modeste obélisque qui commémore l'héroïque attachement des huguenots cévenols à la foi réformée. Le romancier écossais se laisse aller, par ailleurs, à des réflexions judicieuses: « Je pensais en souriant à Baville et à ses dragons, et qu'on peut bien fouler une religion sous les rudes sabots des chevaux pendant un siècle et ne la laisser que plus vivante après cette épreuve.
L'Irlande
est toujours catholique; les Cévennes sont toujours protestantes. Une pleine
corbeillée de lois et de décrets, non plus que les sabots et gueules de canons
d'un régiment de cavalerie ne peuvent modifier d'un iota la liberté de penser
d'un laboureur... pg. 167).
Le « G.R. 70 » leur emboîte maintenant le pas le long de l'ancienne route royale qui s'élève à flanc de collines. Cette voie stratégique a été tracée et taillée à même le versant schisteux pour le déplacement des troupes au cœur de la montagne cévenole. A présent ce beau chemin en corniche a une vocation plus pacifique; tout au long de ce belvédère, le randonneur jouit d'un un spectacle permanent, le panorama est immense vers les crêtes onduleuses des serres qui se succèdent, par-delà le dédale des gardons, jusque l'horizon bleuté de l'Aigoual. Dans cette fin d'après-midi méridionale, la forêt embaume un chaud parfum de résine... Etape de 28 km
St-Germain-de-Calberte
a érigé, sur sa placette, un surprenant monument pour célébrer la mémoire des
Cévenols qui ont inlassablement modelé le paysage de leurs montagnes. On
comprend mieux, à les parcourir, le labeur fourni pour y tracer les routes
et convertir les flancs abrupts à la culture en y aménageant les « bancels » ou
« faïsses » (André Chamson raconte, dans « Les Hommes de la route »,
le dur labeur des paysans qui louaient leurs bras pour construire les routes
dans la montagne, histoire d'assurer un petit supplément à leurs maigres
ressources.
« Suite cévenole », Libr. Plon. 1968. Et J. P. Chabrol évoque
l'édification des
« bancels » ou « faïsses », ces terrasses de culture: « Quand
on voit les travaux exécutés par nos arrière-grands-pères, on reste abasourdi
par la somme de peines, de patience et de sueur qu'ils ont dû exiger.
Pour fabriquer de toutes pièces ces lopins en couloir, il a fallu arracher des rochers, apporter de la rivière les pierres de soutènement, charrier la terre dans les « banastous » (les paniers ) pour combler le vide. Tout ça pour planter trois ou quatre ceps de plus. (...) J'ai vu un paysan construire un mur de pierres sèches de quarante mètres de long sur deux à trois de hauteur et combler le vide avec de la terre portée sur le dos. (...) Je comprenais l'attachement fou du Cévenol à son bien. « Le Bonheur du manchot », Edit. Robert Laffont. 1993. Pg. 61).
Au
gré des ruelles du village, on découvre d'ailleurs ces terrasses en escaliers
qui s'accrochent aux versants pentus des collines. Maintenant que je m'achemine
vers le terme de mon équipée, je quitte progressivement les crêtes aérées.
Je redescends dans le dédale des torrents, les gardons comme on les appelle ici
: j'ai surplombé le gardon de St-Germain, dépassé ses confluents avec le gardon
de St-Martin de Lansuscle et puis le gardon de St-Etienne. À mesure la
chaleur s'appesantit, lourde, orageuse. Mais les basses vallées restent
bien encore terre huguenote; ainsi sur le bord du chemin, j'ai aperçu des
tombes érigées dans un jardin particulier puisque les « hérétiques » étaient
interdits de cimetière, ils enterraient leurs défunts dans le domaine familial.
Le
col St-Pierre, après la rude et caniculaire grimpée du chemin royal, marque
l'entrée dans le
Gard. Ultime casse-croûte en Lozère, sous les châtaigniers géants du col,
avant de dévaler le sentier rocailleux vers St-Jean-du-Gard. J'apprécie donc
cette dernière navigation à travers la houle figée des serres, dans cet océan
de verdures (vert tendre des châtaigniers, vert sombre des pins) nimbé de
brume bleutée. Y surnagent de très rares toits de tuiles rouges; navigateurs
solitaires ou naufragés à la dérive ?
Et voici St-Jean-du-Gard, la méridionale, étalée sur les rives du gardon, presque dans la plaine avec ses 189 m. d'altitude. Platanes et palmiers donnent aux terrasses une allure méditerranéenne. Etape de 22 km. 500
Ancien hôtel de villégiature avec magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile Gîte d'étape et de séjour se situe à La Bastide Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France, au croisement des GR 70 Chemin Stevenson, GR 7, GR 72, GRP Le Cévenol, GR 700 Voie Régordane (Chemin de St Gilles), le sentier des Gorges de l'Allier, le Tour du Roujanel, le Tour de la Montagne Ardéchoise et le Tour de Margeride. Idéal pour un séjour de détente.