Le
Pays des Camisards par le sentier Stevenson. Quittant Le Bleymard et la vallée du Lot, le
GR70 escalade le versant septentrional du mont Lozère. Vers le causse Méjean, le Larzac, le Tanargue, le Lozère...

Le Mont Lozère par le sentier Stevenson du Bleymard à Florac en Lozère
Jean Marie Maquet
J'aborde
aujourd'hui le « pays
des Camisards ». Enfin, dirais-je ; mon attachement
aux
Cévennes n'est pas étranger à ma
sympathie pour ces irréductibles défenseurs de leur foi.
Quittant Le Bleymard et la vallée du Lot, le « G.R.70 » escalade le versant septentrional du mont Lozère. Ascension assez banale jusque la station du Mont Lozère (1421 m.). On atteint alors le désert sommital, et l’on grimpe le long de la draille (Les drailles sont probablement les plus anciennes voies de communication à travers les Cévennes.
Si elles font aujourd'hui le bonheur des randonneurs, pendant de nombreux siècles, elles ont servi de voies de transhumance pour les troupeaux de moutons, surtout, qui montaient des plaines méridionales vers le causse Méjean, le Larzac, le Tanargue, le Lozère... Pierre A. Clement leur a consacré un livre passionnant, « En Cévennes avec les bergers » (Ed. France Loisirs).
Cet historien du
Languedoc a parcouru cinq de ces itinéraires mythiques en compagnie des bergers.
Et il décrit cette expérience dans des récits savoureux, où les randonneurs qui
ont sillonné les Cévennes retrouveront bien des lieux marquants.) jalonnée
de « montjoies » (Les « montjoies »
sont de hautes bornes de granite, comme celles qui jalonnent la draille sur le
mont Lozère, ou des assemblages de pierres, dont Pierre A. Clément montre un bel
exemplaire dans l'ouvrage cité en note 8 (photo en pg. 6). Leur fonction
la plus évidente est de baliser les itinéraires de transhumance et autres, à la
manière des « cairns » que connaissent bien les randonneurs, particulièrement
dans les Pyrénées. Mais, signale le topo-guide, certaines « montjoies »
dateraient du moyen âge et auraient délimité des domaines. Ainsi les croix
de Malte sculptées sur certaines pierres dressées du Lozère auraient borné les
biens des chevaliers de Malte... J'y ai surtout remarqué les « tags »
iconoclastes !).
C'est le
royaume du vent, qui balaie la lande de cailloux et d'herbe rase. Le
randonneur s'arc-boute jusqu'au sommet du pic Finiels (1699 m.) C’est le point
culminant du massif et de ma randonnée. Tout à l'entour, l'infinie ondulation
des crêtes et des vallées s'estompe dans une brume bleutée; au Nord, la mémoire
relit les étapes récentes ; au Sud, l'imagination entrevoit les cheminements
prochains. Et l'esprit vagabonde dans cette haute solitude (partagée le
temps d'une halte, car la randonneuse d'outre-Rhin m'y a rejoint).
Mais nos
itinéraires se quittent aussitôt. Le « GR 70 » n'est plus qu'une descente
quasi ininterrompue vers Finiels et le
Pont-de-Montvert. C'est une fin d'étape un peu rapide... et frustrante
: il fait grand beau temps ; et il y a quelques années, au cours d'une randonnée
pascale, je me suis promis de revenir admirer la floraison des genêts du Lozère.
L'occasion est trop belle. Je ne résiste pas à une longue boucle par le « GR7 ».
Après le col de Finiels, la draille du Languedoc, est un peu longuette sur
l'ancienne voie romaine ; mais quel enchantement quand l'étroit sentier bascule
sur le versant méridional du massif, il dévale le long d'un ruisseau, serpente
entre les blocs de granite et se faufile dans l'or des genêts...
La
draille poursuit sa descente paisible par les vieux hameaux déserts (Salarial,
l'Hôpital) et atteint le Pont-du-Tarn. Le site est à la hauteur de mon
souvenir et mieux encore au cœur du printemps, l'eau limpide miroite et chante
sur les rochers. Mon casse-croûte est un moment idyllique de ma randonnée.
Maintenant, je bifurque sur le GR72 qui n'a rien à envier au GR7, pendant quelques km, il borde la rivière qui se précipite en torrent à travers des éboulis rocheux. Et le sentier se met lui aussi à dégringoler dans des massifs de genêts hérissés de chaos granitiques. Felgerolles, le Merlet... et puis l'enchantement disparaît sur la départementale menant au Pont-de-Montvert. Une petite demi-heure d'asphalte, ce n'est pas trop cher payer une longue course jubilatoire. Etape de 30 km
Le
Pont-de-Montvert, c'est un haut lieu du « pays camisard ». Le temple, où trône
une chaire en bois d'une majestueuse simplicité, atteste encore de la vivacité
de la foi réformée. Mais comment imaginer que ce beau et paisible village a été,
en 1702, le berceau de ces événements dramatiques (l'assassinat de l'abbé du
Chayla et ensuite l'exécution du principal meneur, Pierre Séguier) qui ont
déclenché une guerre si terrible ? (C'est le
24 juillet 1702 que l'abbé du Chayla fut assassiné au Pont-de-Montvert par une
troupe de protestants, venus réclamer la libération de leurs coreligionnaires.
L'abbé du
Chayla, ancien curé de
St-Germain-de-Calberte, condamné par l'Eglise pour concussion, s'était
cependant vu promu grâce à ses relations familiales et politiques. Il avait
ainsi en charge, entre autres tâches, l'évangélisation « musclée » des Cévennes.
Son zèle brutal suscita la haine des Protestants... qui connut son paroxysme ce
funeste soir de juillet 1702. Rapidement arrêté et jugé comme meneur des
meurtriers, Pierre Séguier, surnommé Esprit Séguier pour ses prêches inspirés,
fut condamné à avoir le poing sectionné et à être brûlé vif à l'endroit même où
sa victime avait péri, c'est-à-dire devant la tour de l'Horloge du
Pont-de-Montvert.
Ainsi
débutait une guerre terrible qui allait mettre les Cévennes à feu et à sang,
deux ans durant. Jean-Pierre Chabrol a évoqué ces années terribles dans un
très beau roman intitulé « Les Fous de Dieu » (Folio, n° 257). Une phrase
seulement: « Je bus, les lèvres dans la mousse du ruisselet, ce tandis que mon
âme se désaltérait de la pureté de s'agenouiller ainsi, dans le cresson d'une
source plutôt que sur le prie-dieu d'un saint-Joseph de craie, et de baiser
l'eau des neiges plutôt que la bague d'un évêque. » Pp. 61-62).
L'étape
du jour du « GR70 » ne respecte pas l'itinéraire historique vers
Florac. « Une route neuve, écrit le
romancier, conduit de Pont-de-Montvert à Florac, par la vallée du Tarn.
Son assise de sable doux se développe environ à mi-chemin entre le faîte des
monts et la rivière au fond de la vallée. » (R.L.
Stevenson, « Voyage avec un âne dans les Cévennes ». Coll. 10/18. Pg. 145)
C'est aujourd'hui la D. 998 qui sinue le long du Tarn. Pas question pour
un randonneur d'endurer une vingtaine de km d'asphalte et de circulation
routière ! Le « G.R.70 », lui, offre aux émules de Stevenson la solitude et les
paysages de l'altitude.
A peine sorti du Pont-de-Montvert par une belle calade, la Cham de L'Hermet surplombe la bourgade étirée dans son creux de collines au confluent du Lot, du Rieumalet et du Martinet. Et puis au flanc du Bougès, c'est l'ascension dans une cathédrale de conifères, au son des grandes orgues d'Eole. Au col de la Planette débute le long cheminement sur l'échine bosselée de la montagne du Bougès.
Elle culmine au Signal du Bougès (1421 m.), dont le dôme est ponctué d'un cairn monumental. C'est un belvédère magnifique. Je tiens ma revanche sur cette épouvantable journée d'avril 95, qui ne fut qu'une course ininterrompue; pluie et brouillard effaçaient tous ces paysages offerts aujourd'hui sous un ciel azuréen du mont Lozère à la vallée de la Mimente en passant par les falaises du Méjean. Ces deux derniers jours, j'ai atteint les sommets (géographique, esthétique et mental) de mon équipée. Ah ! pouvoir prolonger cet état de liberté, de sérénité, de paix...
Au terme de cette belle course, les terrasses de Florac ombragées de platanes ont un charme très méridional, à deux pas de la source du Pêcher... Etape de 25 km
Ancien hôtel de villégiature avec magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile Gîte d'étape et de séjour se situe à La Bastide Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France, au croisement des GR 70 Chemin Stevenson, GR 7, GR 72, GRP Le Cévenol, GR 700 Voie Régordane (Chemin de St Gilles), le sentier des Gorges de l'Allier, le Tour du Roujanel, le Tour de la Montagne Ardéchoise et le Tour de Margeride. Idéal pour un séjour de détente.