Le sentier Stevenson retrouve la
vallée pour une ultime
rencontre avec l'Allier. Le Chassezac aussi y creuse ses premiers méandres. Je
garde surtout les souvenirs d'une jolie combe tapissée de narcisses et de
l'église romane de Chasseradès.

Randonnée sur le sentier de
Stevenson de Langogne au Bleymard en Lozère
Jean Marie Maquet
Les
tracasseries d'un fermier, qui poussait la plaisanterie jusqu'à prélever
un droit de passage sur ses terres, ont nécessité une modification du
G.R. 70. Mais le nouvel
itinéraire ne m'emballe guère et je cherche malgré tout à gagner
St-Flour-de-Mercoire par la rive gauche du ruisseau de Langouyrou. J'en
serai pour mes frais dans le ravin des Chèvres, à démêler un sentier dans le
dédale des traces de bétail.
Et dire que j'entre aujourd'hui dans le Gévaudan, le pays de la Bête ! cette fameuse et mystérieuse bête, mangeuse de femmes et d'enfants, qui, au XVIIIe siècle, terrorisa les campagnes pendant trois ans et que Stevenson surnomme « le Napoléon Bonaparte des loups » ! Le pays n'a pourtant que faire de ce monstre pour se donner un air de sauvagerie, après les larges horizons du plateau vellave, les vastes panoramas vers le Mézenc et la Margeride, le Gévaudan se referme sur le mystère de profondes forêts de conifères et de bouleaux, de landes rocheuses aux allures fagnardes.
Après l'Herm,
Sagne-Rousse, Fouzillac et Fouzillic rompent à peine la solitude de mon
vagabondage; pas l'ombre d'une présence dans la traversée de ces maigres
hameaux. La forêt serait-elle plus vivante ? J'y observe à loisir
les ébats de jeunes chevreuils jusqu'à ce que le plus avisé lance un « aboi »
rauque et déclenche la fuite. Seul
Cheylard-L'Evêque semble une oasis au creux de son vallon, dans l'éclat des
genêts et la chanson des torrents.
J'y
aurais bien prolongé ma halte méridienne au sympathique bistrot de la placette...
Mais voilà
qu'un panneau G.R. annonce 4 km.
supplémentaires à un itinéraire déjà fort sinueux. De fait, le tracé
cartographique de cette étape est particulièrement torturé. Il faut croire
que le romancier était d'humeur très folâtre. Je ne m'en plaindrai pas.
Cheminer dans l'immense forêt de La Gardille, c'est une après-midi de quiétude,
couronnée par une dernière halte idyllique sur la rive de ce petit lac anonyme,
blotti entre les deux mamelons de l'Auradou et de l'Abïauradou.
En dévalant vers Luc, je retrouve une fois encore l'Allier. Le village s'étire au flanc de la vallée, sous les ruines de son château et une imposante statue de la Vierge réduite par Stevenson à « cinquante quintaux de Madone » ! Etape de 27 km
Hier
soir, l'orage grondait sur les hauteurs du
Tanargue; ce
matin, le ciel est lavé et promet une lumineuse balade... à l'écart du G.R.70.
En effet, entre Luc et
La Bastide-Puylaurent, où je compte
faire étape, le topo-guide annonce seulement 7 km. et le balisage suit surtout
la vallée sur les D. 906 et 154... J'ai fini par éprouver un petit faible pour
l'Allier, mais pas au point
d'avaler de l'asphalte et de sacrifier une escapade dans la toute proche
montagne ardéchoise. Et cette digression me permet de passer à l'abbaye
Notre Dame des Neiges, où séjourna le
romancier écossais. Je reste ainsi fidèle à l'esprit même de son entreprise.
Sur la foi des seules cartes IGN. aux 1/100.000 et
1/25.000, je comptais bien trouver un itinéraire fiable à travers les
contreforts de l'Ardèche.
J'y ai découvert un
véritable réseau de sentiers parfaitement balisés. (Depuis
cette randonnée, j'ai pris connaissance d'un topo-guide relativement récent,
intitulé « Des Gorges de l'Ardèche à la Margeride » (Réf. 407). Il est
principalement consacré au parcours du G.R.4 entre la vallée du Rhône et
St-Flour. Mais il décrit une série de satellites (GR43,
GR44, 44A, 44B, 44C et 44D. Pas
moins). Sans oublier des G.R. de Pays comme « Le
Tour de la Montagne Ardéchoise ». Au total, 208 pages d'itinéraires,
de commentaires utiles et passionnants, ... de rêves).
La
grimpée
matinale est assez rude sous un soleil déjà généreux. Mais les paysages se
méritent. Et aussi l'agrément du cheminement dans la hêtraie qui couvre le Moure
de Manibles. Le site de la croix du Pal, carrefour des « G.R.7
et G.R.72 », avec quelques
sentiers de pays, est un de ces lieux qui exaltent la sensibilité, totale
solitude devant un paysage grandiose, vers le sommet des Trois Seigneurs, les
gorges de la Borne et les crêtes du
Tanargue.
La vie quotidienne apparaît alors si insipide...
Le charme se prolonge sur les rives fleuries de narcisses du Rieufrais vers l'abbaye Notre Dame des Neiges. Nous sommes seulement deux visiteurs à écouter les moines psalmodier none sous les voûtes gothiques comme dans le temple de la nature, c'est la même quiétude propice à la méditation... Pourquoi donc précipiter le retour vers la vallée ? Je renonce ainsi aux balises pour un détour par le sommet de la Felgère. De sa crête, je découvre mon proche avenir: la montagne du Goulet, l'horizon du mont Lozère... de beaux jours en perspective.
A La Bastide
Puylaurent sur les bords de l'Allier
se trouve le Gîte d'étape et de séjour L'Etoile;
un ancien Hôtel de Villégiature tenu par un belgo-grecque, une halte
réconfortante, un repas sain et copieux, une douche attendue et une bonne bière
belge. Etape de 18 km.
Jeudi 27 mai. Départ matinal sous le grand soleil. Le beau temps s'installe. Au sortir de La Bastide-Puylaurent, le G.R.70 Chemin Stevenson regagne bien vite les grands espaces aériens de la forêt de la Gardille, parcourue déjà l'avant-veille. Le vent balaie le plateau et sa musique lugubre imprègne cette vaste solitude; à quoi tient-il donc qu'un jour celle-ci exalte, que le lendemain, elle angoisse ?
Le chemin
Stevenson retrouve la vallée pour une ultime rencontre avec l'Allier, tout
jeunet. Le Chassezac
aussi y creuse ses premiers méandres. Quelques hameaux s'égrènent le long
du val. Je garde surtout les souvenirs d'une jolie combe tapissée de
narcisses et de l'église romane de
Chasseradès, robuste et harmonieuse... Inaccessible, hélas, comme bien
d'autres ! Effet de notre époque de vandalisme et d'insécurité ; ces
fléaux urbains frappent donc jusqu'au profond de pays reculés, qu'on croirait
préservés. Ah ! le bienheureux curé de Chanteuges qui, envers et contre
tout, maintient l'hospitalité de son admirable abbatiale et la rehausse même de
musique sacrée !
L'après-midi,
ce sera encore une grande errance à travers les vallonnements de la montagne
du Goulet et son immense forêt de résineux. Sur le versant méridional,
j’assiste à une nouvelle naissance, le Lot y voit le jour au cœur du massif
forestier et prend ses premiers ébats dans un joli val, salué par les
bouleaux, les genêts et les narcisses.
Trois destins bien divers pour trois cours d'eau nés au cœur du même massif; l'Allier unit sa destinée à la Loire et finit sa longue course aux confins de Bretagne ; le Chassezac avec l'Ardèche sinuent dans la profondeur de gorges sauvages, en route vers les rivages méditerranéens ; et le Lot s'en va grossir la Garonne pour côtoyer les riches vignobles bordelais voisins de l'Atlantique. Hasard d'un vallon, d'une colline et les destins divergent. Ainsi en va-t-il des enfants d'un même foyer. Etape de 25 km
Ancien hôtel de villégiature avec magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile Gîte d'étape et de séjour se situe à La Bastide Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France, au croisement des GR 70 Chemin Stevenson, GR 7, GR 72, GRP Le Cévenol, GR 700 Voie Régordane (Chemin de St Gilles), le sentier des Gorges de l'Allier, le Tour du Roujanel, le Tour de la Montagne Ardéchoise et le Tour de Margeride. Idéal pour un séjour de détente.