Randonnée sur le Chemin Stevenson de
Cassagnas au Pont de Burgen en Lozère via le Col des Laupies, de la Pierre
Plantée, St Germain de Calberte, Faysses, Moles et la Liquiérolle.

Chemin Stevenson. De Cassagnas
au Pont de Burgen,
19,5 km, +380m
Catherine Revel
Neuvième étapePour l’heure, dans le sous-bois, tout près, ceux qui ne connaissent pas vont pouvoir entendre le brâme du cerf ; en plein jour, c’est merveilleux aussi ; on se dit que l’on traverse un espace qui ne nous appartient pas, soyons discret pour le respecter…A travers le faîte des arbres, très haut, passent les rayons du soleil et leurs traits descendent parfois jusqu’à nous, belle douche de lumière… Le chemin Stevenson s’élève en sous-bois jusqu’au col du plan de Fontmort.
Une étrange légende y est liée ainsi qu’à d’autres lieux de la montagne au nom saugrenu, elle dit le calvaire d’une fille-mère condamnée à errer en portant une pierre, mythe de Sisyphe revu en version locale. La malheureuse femme dût enterrer son « enfant mort » au Plan de « Fontmort », son chien dans la « Fosse du Chien », puis réfugiée dans la jasse de « Escota se Plou », « Ecoute s’il pleut », est la question qu’elle aurait posée à son âne avant de gravir avec son fardeau la montagne de « La Vieille Morte ». Triste histoire pour un pays qui en connu beaucoup.
A ce col nous rejoignons la route royale dont nous croiserons des
bornes plus loin, construite au temps des guerres de religion pour permettre un
passage plus aisé des troupes et débusquer les
Camisards dans leurs forêts. Elle
nous offre ici un paysage élargi vers le midi, sur un versant sud de bruyères,
de petits pins et de bouleaux. Mais avant déjà les lieux furent fréquentés,
notre marche croise aussi bientôt une tombe mérovingienne dont l’isolement et la
position exposée face à la vue me conviendrait bien ( !) et des menhirs toujours
sur des positions stratégiques, dominantes, ou cols.
C’est l’un d’eux qui assiste à notre dernier apéritif, avec lecture par Renée du passage approprié de l’œuvre de Stevenson et fumée du cigare offert par Pierre à Denis ! La « Pierre Plantée » a vu passer bien des hommes à son pied, elle seule, imperturbable, reste debout…L’après-midi, nous changeons de versant pour descendre vers Saint Germain de Calberte, le pays est de plus en plus méridional.
Keneth tenu devant est suivi par Popov plus facile à
rappeler à l’ordre quand il fait un écart et donc autorisé à plus de liberté.
Pourtant, en quantité, c’est sans doute lui qui fait le plus de déviances. Les
rares maisons croisées, dont certaines à l’abandon, sont en schiste, pierre
associée à un sol sec et pauvre ; une seule est habitée au long de notre
sentier.
Nous y croisons un troupeau de moutons avec chiens, berger et une chèvre pas rassurée par notre passage qui tape du pied pour nous intimider. L’homme nous explique comment se fait la récolte des châtaignes à l’aide des filets que nous avions remarqués, disposés sous les arbres. Il faut ensuite être équipé d’une souffleuse coûteuse qui sert à séparer les bogues piquantes de leurs fruits, lesquels ne sont vendus presque rien à une coopérative. Le châtaignier est l’arbre du pays cévenol, il lui a donné son bois et ses fruits lui permettant de vivre à ses pieds pendant des siècles, mais, il a été malade, les habitudes et les goûts ont changé, les hommes sont partis voir si les villes sont plus hospitalières…
Pour vivre dans ses pentes arides, il
faut s’accrocher, comme les maisons et les jardinets de Saint-Germain de
Calberte sur les
terrasses. Il n’y a ici que des châtaigniers, des pins et des pierres. Peu
d’hommes peuvent y rester avec quelques moutons. En bas au fond de la vallée, on
aperçoit le château de Saint-Pierre, restauré.
Le village est mignon avec son air de tristesse associé à ses rues désertes et à ses schistes sombres, le paysage en dessous et des cheminées bizarres avec un pied se séparant en deux attirent l’attention des uns tandis que je fais le tour par une petite ruelle tout étroite, avec une très vieille treille et sur une porte, peinte sur des morceaux de taule et étrangement dissimulée à l’arrière des façades se cache une sentence: « Les trois écueils de la vie : l’ignorance relative, la brièveté de l’énergie, l’inaccessible sagesse ». En sortant du village, autre chose peu courante chez nous, sur le même panneau sont annoncés les horaires des offices catholiques et protestants, beau témoignage de tolérance dans un pays où la religion fit tant de bruit.
Et
nous descendons toujours, jusqu’à la rivière ;
preuve encore de l’ambiance méridionale, les dégâts de ses crues marquent les
alentours. Pour l’heure, elle est sage et petite, et notre dernier gîte nous
attend de l’autre côté, une charmante maison de schiste toute biscornue, et
en plus pour nous tout seuls car nos hôtes n’habitent pas sur place. Lui a été
guide de haute montagne et s’est converti en loueur d’ânes et dans le tourisme
cévenol.
Nos ânes « à nous », nourris par Christian, sont installés de l’autre côté de la route et nous dominant de quelques mètres viennent nous observer, comme s’ils étaient à un spectacle, ou comme s’ils savaient que c’est le dernier soir…Le feu de cheminée éclaire cette ultime soirée, sa fumée la parfume, on y sent déjà un au revoir…Un petit tour nocturne le prolonge pour les trois même que la veille intrigant au passage quelques chiens de la vallée peu discrets.
Ancien hôtel de villégiature avec magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile Gîte d'étape et de séjour se situe à La Bastide Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France, au croisement des GR 70 Chemin Stevenson, GR 7, GR 72, GRP Le Cévenol, GR 700 Voie Régordane (Chemin de St Gilles), le sentier des Gorges de l'Allier, le Tour du Roujanel, le Tour de la Montagne Ardéchoise et le Tour de Margeride. Idéal pour un séjour de détente.