Randonnée sur le Chemin Stevenson du
Bouchet-St-Nicolas à Pradelles en Haute Loire via Landos, Jagonas, Arquejol, le
Cros et le village fortifié de Pradelles.

Chemin Stevenson. Du Bouchet-Saint-Nicolas à Pradelles,
19,5 km, +370m
Catherine Revel

Deuxième
jour
Ce premier matin
démarre
tristement, réveillé de bonne heure par le mécontentement de Renée qui ne peut
accéder à l’unique douche car les voyageurs au-dessus en s’enfermant en ont
empêché l’accès. Et tout le monde ainsi brusquement réveillé se lève à une heure
bien raisonnable et je pars, je m’ « enfuis » à petite foulée vers le lac
cratère à quelque distance du village ; l’ayant aperçu lors d’une reconnaissance
cet été, j’avais apprécié la courbe nette de ses rives entourées de pelouses et
de pins. Cela aurait été bien que tous l’admirent, mais hier le temps était trop
court, ce matin aussi, d’ailleurs, même en trottinant, je n’irai pas tout à fait
jusqu’au bord et rebrousse chemin avec la mauvaise conscience d’avoir laissé le
groupe.
Au moins, le spectacle silencieux du matin enchanteur rend l’humeur heureuse. Les nuages navigants dans le ciel gris laissent passer des lueurs rousses, faux espoir de beau temps. La journée est froide, pluie et bruine vont en accompagner une partie. Petit déjeuner à grand renfort de flûtes de pain dont nous demandons un échantillon de la veille sec, c’est que Popov et Keneth ont aussi droit à un petit déjeuner, même si à cette saison l’herbe peut leur suffire, et surtout, vont-ils se laisser attraper par les inconnus que nous sommes ? Et bien oui, sans même leur donner le pain, ils viennent vers Pierre, Laurent et moi partis les chercher pendant que les autres bouclent les sacs. Ils sont heureux de nous voir semble-t-il, bien que le pain soit aussi apprécié.
Hier matin, c’est d’une oreille distraite que j’avais écouté Gilles Romans me
citer les signes distinctifs des robes des deux ânes, heureusement que les
informations se sont logées quelque part dans ma tête car les distinguer quand
ils n’ont plus même le licol n’est pas très évident ; nous allons ainsi pouvoir
rendre à chacun son propre équipement. C’est bien pour qu’ils ne se transmettent
pas d’éventuels problèmes cutanés et parce qu’en ce début de périple, le licol
et la couleur des sacoches sont pour la plupart des participants les éléments
d’identification.
La traversée du village pour revenir vers le gîte
communal de l’autre
côté près de l’église est aisée, pas de creux à l’estomac et pas de convoitise
au long des rues ; peut-être nos compagnons quadrupèdes ont-ils même envie de
marcher ?
Tout est prêt pour les bâter quand nous arrivons ; cela va prendre quand même un peu de temps car pour l’instant, personne d’autre que moi ne l’a vu faire. Il faut curer les sabots, brosser, poser le tapis puis le bât, bien le fixer, enfiler les sacoches en cuir, la noire pour Keneth avec son licol vert, la marron pour Popov assortie à son licol noir. Et ne reste plus qu’à charger de façon équilibrée.
Parfois,
surtout les premiers jours, nous devrons réintervenir
en cours de marche après la constatation de certains penchants ou la perte du
sac fixé en travers au-dessus du tout !
Déjà, la veille, Christian, Philippe,
Laurent avaient beaucoup participé à la conduite des « équipages »,
surtout de Popov car Keneth plus sage en apparence s’était vite révélé plus
difficile à
remettre dans le droit chemin, ce qui me convint bien car accorder plus
d’attention à Keneth m’avait vite donné plus d’efficacité et attachée
particulièrement à lui. Pourtant, à la fin du séjour, je ne peux pas dire en
fin de compte que je préfère l’un ou l’autre malgré la grande différence de
temps que je leur ai donné ; ils sont différents, c’est tout, attachants
tous deux.
En
tout cas, dès ce premier matin, la participation de chacun s’accroît. L’étape
devrait avoir une durée raisonnable puisque contrairement à Stevenson nous
n’irons pas jusqu’à Langogne, le
gîte du soir étant retenu à
Pradelles ;
rendez-vous est donc pris pour plus tard avec Christophe Chaumette et la
compagnie Samourailles. Eux respectent scrupuleusement les étapes de notre
illustre prédécesseur mais si aujourd’hui, notre chemin est raccourci, il est
prévu ultérieurement de grouper certains tronçons, donc, nous les
rattraperons…
Ce matin, nous démarrons séparément pourtant, nous nous reverrons
et aurons l’occasion de parler de R. L. Stevenson, de théâtre, d’ânes un peu plus
loin, notamment aux alentours de Landos.
Le paysage est plus ouvert que la veille, malheureusement, le ciel est dans un jour pluvieux et ponchos ou vestes Gore-Tex utiles à certaines heures. Le pays est surtout plat, l’habitat est regroupé dans les villages si bien que nous avançons un peu en plein désert. Or, une petite tente est dressée non loin de beaux chevaux blancs qui ont couru vers nous, crinières au vent.
Amis
de l’acteur rencontré, un couple de parisiens a
passé là la nuit et, rebuté par la froideur du vent s’apprête à reprendre la
route de la capitale. Avec leur origine, leur regard sur ce lieu, leur tente
dans le vent, eux aussi vivent un peu la démarche de Stevenson, -une nuit
fraîche en pleine nature sous la pluie-, aventure autant que nous ou la troupe
et nos gîtes réservés, notre marche programmée.
Plus loin, nous trouvons
l’ânesse blanche et le comédien, et aussi trois belges qui ont fondé une
association Stevenson et parcourent le chemin pour alimenter leur site Internet
en photos et préciser les indications topographiques. Avec nos ânes en vedettes,
nous devrions y figurer. La croisée de nos chemins passe justement au pied
d’une
croix du Velay…

Avec eux nous marchons quelques temps, presque jusqu’au château
de Jagonas dont ils nous décident à faire un détour pour l’admiration. Pour le
coup, après avoir tenté d’en voir plus en se perchant sur des murets proches,
vieux comme les maisons autour, nous découvrons le portail ouvert, et voici nos
ânes et nous sur l’herbe devant la façade pour un court moment car la pluie ne
fait pas du lieu un endroit idéal pour une pause et encourager nos ânes au menu
larcin d’un peu d’herbe verte ne me convient pas vraiment, les en empêcher
relève de l’utopie !
Un toit serait aussi préférable pour le déjeuner car depuis quelques temps, ponchos ou Goretex font un écran entre la bruine et nous, efficace en marchant, mais la température va se révéler fraîche en s’arrêtant plus longtemps. Alors, notre route se poursuit en quête d’un abri entre des prés bien verts et des murets agrémentés de frênes.
Une boule blanche, un champignon en réalité attire le regard dans l’un d’eux, surtout celui de Christian qui croit jouer au ballon avec une énorme vesse de loup ! Il confie alors Popov à Gisèle et pour la première fois, sa main efficace entraîne le quadrupède ; je suis ravie car Gisèle, à Toulouse était parmi celles qui avait dit n’y rien connaître et ne pas avoir l’intention d’y toucher.
Une légère montée conduit à un contour du chemin
ouvert sur un paysage étendu, le ciel plus clément donnerait envie à plusieurs
d’entre nous de s’y arrêter pour nourrir regard et corps en même temps, à côté
de Christophe, le marcheur comédien et de Capucine, son ânesse, déjà
« attablés » ; un courant d’air fait clapoter l’idée en assombrissant certains
de nous.
Juste après, un hameau aux trois maisons éparses offre suffisamment
d’espace autour de la place d’herbe qui les sépare pour qu’en trois groupes
chacun trouve son bonheur : les ânes au milieu, déchargés des sacs, les plus
frileux sous un auvent et les amateurs d’espace ne craignant pas l’air humide
sur un muret avec les ramures d’un frêne pour plafond, distrayant les habitants
de la maison voisine dont le regard passe derrière le mouvement d’un rideau.
Cet
« éparpillement » n’empêchera pas comme toujours le partage de quelques denrées,
et, élément précieux à mon goût, de l’eau chaude pour le café ! Et nous
assisterons au défilé de nos compagnons de fortune, tous ceux que nous avions
passés le matin, décidément présents ce jour, reprennent la tête pendant notre
arrêt déjeuner.
Dès la reprise, une certaine distance se creuse car un sympathique échange comparatif sur l’élevage laitier entre Velay et Nord-Aveyron me retient près d’un agriculteur du hameau. Je mettrai un certain temps à rejoindre Laurent qui a fait une pause photographie de champignons, coulemelles plus précisément, et du lac de Naussac dont la surface brillante se détache dans le paysage humide et végétal, de l’autre côté d’une large vallée.
Les ânes, loin devant, sont menés par Philippe, Christian et Pierre, de plus en plus investis dans leur conduite. Annie, ayant fait une pause de son côté, manque une bifurcation et allonge du coup son itinéraire du jour, me fait faire un petit footing pour éclaircir sa disparition entre l’avant-garde et l’arrière-garde du groupe.
Et,
au-delà d’un certain sentiment de culpabilité devant ma gestion un peu trop
libre du groupe, donne raison à Philippe car nous arriverons 5 minutes après
l’horaire limite prévu pour la victoire d’un pari ; 17h30 maximum, avais-je dit,
et bien non, la bouteille de vin d’Alsace sera pour moi, mais, Annie n’est pas
fâchée de son aventure, c’est le principal !
Une descente dans une forêt sombre de résineux débouche sur Pradelles et ses maisons de pierres ; je pense encore à Stevenson me demandant sa propre vision à ce moment. Il n’en a pas fait une ville-étape, est-ce parce que ce lieu ne lui a pas parlé ou simplement parce que ce jour-là il disposait encore de temps ?
Pour
moi, j’aime ses vieilles rues, leurs instincts de survie malgré les maisons à
vendre, et surtout, la petite ville représente comme un point de départ, le
premier contact avec une future réalité de l’idée de notre périple par les
échanges téléphoniques avec le propriétaire de nos ânes au printemps, une
découverte paisible accompagnée par Maman en été, la rencontre effective de
Gilles Roman et de ses ânes, hier matin seulement.
Même pas deux jours, et pourtant, dans l’esprit, ce voyage a déjà fait beaucoup de pas depuis hier.
Avec
nos deux ânes sur le trottoir avançant vers la place centrale puis par les
vieilles ruelles en pente vers le gîte d'étape, nous pourrions être un petit trait
d’union entre deux époques… Le déchargement est plus rapide que la veille, nous
nous « rôdons », Keneth et Popov rejoignent leurs congénères habituels dans un
grand pré accompagnés par leur maître habituel suivi de Laurent et moi. Fort de
notre « petite » expérience, exemple et conseils du professionnel sur la
relation homme/âne frappent plus notre attention. Le gîte plus fastueux attire
repos, douches ou lessive des uns, tandis que d’autres découvrent les rues et
font quelques emplettes.
Le café-restaurant de Gilles Romand progressivement regroupe tout le monde alors que la nuit, le froid et la pluie recouvrent la ville. Le sujet « âne » reviendra tout au long du repas avec les allers et retours de notre hôte et les discussions embrayées entre autre par le pari perdu s’étirent avec l’arrivée de mon frère Denis en train et en stop de Paris pour rentrer ici dans notre aventure Stevenson.
Un petit tour nocturne dans le froid agrémente le retour au gîte, nous menant par le point culminant de la petite ville jusque vers ses bas-fonds.
Ancien hôtel de villégiature avec magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile Gîte d'étape et de séjour se situe à La Bastide Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France, au croisement des GR 70 Chemin Stevenson, GR 7, GR 72, GRP Le Cévenol, GR 700 Voie Régordane (Chemin de St Gilles), le sentier des Gorges de l'Allier, le Tour du Roujanel, le Tour de la Montagne Ardéchoise et le Tour de Margeride. Idéal pour un séjour de détente.