Randonnée sur le Chemin de Stevenson depuis La Bastide-Puylaurent à la frontière entre le Vivarais et les Cévennes. Pendant sept jours, nous allons marcher sur les traces de Stevenson, passer le mont Lozère pour arriver dans la petite ville méridionale de Saint-Jean-du-Gard.

A travers les Cévennes par le Chemin de Stevenson GR70
En
1878, l'écrivain Robert Louis Stevenson, auteur notamment de l'Ile au trésor et
de Dr Jekyll et Mr Hyde, a effectué une randonnée de douze jours à pied en
compagnie de Modestine, sa fidèle ânesse. Il partit du village de
Monastier-sur-Gazeille,
un peu au sud du
Puy en Velay.
Nous, par contre, nous avons commencé notre périple à
La Bastide-Puylaurent,
à la frontière entre le Vivarais et les
Cévennes.
Pendant sept jours, nous allons marcher sur les traces de Stevenson, passer le
mont Lozère pour arriver dans la petite ville méridionale de Saint-Jean-du-Gard.
Comment un auteur écossais comme Stevenson (1850 - 1895) débarque-t-il dans cette contrée alors fort isolée, ce qu'elle est d'ailleurs encore partiellement à l'heure actuelle ? Eh bien, à cause d'un chagrin d'amour. Il était tombé amoureux de l'Américaine Fanny Osborne, mais la dame lui restait encore inaccessible (En fait, il l'épousa quand même, mais plus tard). Son médecin de famille et ami lui conseilla de se changer les idées. Pour retrouver ses esprits, il alla à la campagne; ce fut Le Monastier-sur-Gazeille.
Après quelques semaines, il commença à s'y ennuyer
fermement et opta pour une randonnée à travers les Cévennes. Pour 65 anciens
francs français et un verre de cognac, il acheta à un paysan du coin une ânesse
pour porter ses bagages. Il marcha ainsi à travers le Velay, le
Gévaudan, le Vivarais pour arriver, via le mont Lozère, à
Saint-Jean-du-Gard. Du temps de Stevenson, c'était une véritable aventure. Il
dormit parfois chez des fermiers, parfois en plein air. Il arriva fréquemment
qu'il se trompe mais, en chemin, il fit aussi souvent des rencontres
inattendues.
En 1879 parut le livre " Travels with a donkey in the Cevennes " qui plus tard fut traduit plusieurs fois en français.
Au début, le sentier
Stevenson était un sentier régional vaguement balisé. En 1994, il fut reconnu et
devint le GR70, un GR à part entière. Entre-temps, beaucoup de choses ont
changé: les cartes topographiques ont dû être adaptées, des gîtes d'étape ont
fermé et d'autres ont repris leur place. Mais tout l'itinéraire est maintenant
bien balisé et on ne risque plus de s'égarer.
A cause d'un manque de temps, nous suivrons cette fois le sentier Stevenson à travers les Cévennes en démarrant de La Bastide-Puylaurent. Ce petit village est situé sur la D 906 entre Langogne et Alès. Il acquit une certaine importance lors de la construction de la ligne de chemin de fer " le Cévenol ". Il est situé à une altitude de 100 mètres entre le Vivarais (Ardèche) et les Cévennes ou le département de la Lozère.
Comme d'habitude nous prenons nos quartiers au
Gîte d'étape et de séjour "L'Etoile",
chez
Philippe Papadimitriou,
qui nous réserve son bon accueil. Philippe s'installe au piano et essaye d'en
tirer quelques beaux accords. Le feu ouvert crépite et son compagnon, le chien
Billy, frétille de la queue.
Le lendemain, nous sommes remis de notre long voyage et nous nous mettons immédiatement en route. En fait, Stevenson a suivi la D 6, à l'époque une piste pour chariots, vers Chasseradès. Maintenant, le sentier passe par les collines, au milieu des bois. Nous trouvons le balisage à la gare, traversons les voies et montons toujours plus haut dans les bois en suivant le GR 70. En suivant un large chemin de campagne, la montée dure bien une heure pour atteindre Le Moure de la Gardille, sommet de la journée à 1308 mètres.
Les bois ont disparu et nous marchons sur un plateau de prairies
et de broussailles avec de splendides et vastes points de vue dans toutes les
directions. Nous redescendons doucement et rejoignons la D 6. Nous arrivons
d'abord à la gare (ligne La Bastide - Mende) pour atteindre ensuite Chasseradès.
L'endroit compte bien quelques bons hôtels mais le boulanger-épicier a fermé.
Nous grimpons ensuite un sentier rocailleux via Mirandol (Gîte d'étape de
Mirandol) vers l'Estampe. Le Bleymard est encore à 10 kilomètres (soit à près de
trois heures de marche).
Le
deuxième jour ( L'Estampe - station du mont Lozère), nous traversons d'abord la
forêt domaniale du Goulet, un bois aux plantations variées. Il fait bien 1250
hectares et il faut donc un moment avant d'arriver en vue de
Le Bleymard.
Ici, il faut faire attention. Au début, le Tour du mont Lozère et le sentier Stevenson prennent la même direction. Le premier traverse tout le village et part ensuite dans la direction de l'ouest. Notre sentier prend une petite rue à gauche juste avant le centre du village (indication " La Fontaine ") pour monter vers le sud et le mont Lozère. Il grimpe progressivement toujours plus haut jusqu'à ce que nous arrivions à un endroit dénudé, la station de ski du mont Lozère. Le vent s'en donne à cœur joie et il peut faire bien plus frais. Le flanc nord du mont Lozère est réputé pour connaître un climat assez rigoureux. Par sécurité, la plupart des maisons ont leur entrée du côté sud.
Nous sommes encore loin du sommet du
Mont Lozère,
mais nous y arriverons bien au cours de la troisième étape. Notre parcours
traverse les prairies et nous suivons une draille, le long de laquelle les
troupeaux de moutons effectuent leur transhumance annuelle vers les pâturages
situés plus haut. A la mi-juin, ils quittent les vallées du sud, où toute
l'herbe est déjà sèche et broutée, pour un trajet de huit à neuf jours à la
recherche de nourriture, plus au nord. Le mont Lozère est aussi un lieu de
séjour régulier pour les troupeaux. Jadis, on y comptait plus de 200.000 têtes.
Mais maintenant on peut s'estimer heureux quand on y croise des troupeaux d'un
millier de moutons. Le point le plus élevé du mont Lozère et aussi de toute la
randonnée est le sommet de Finiels (1699 m). Vient ensuite la descente dans les
bois et, pour suivre, un trajet rocailleux vers la prochaine étape, Le Pont de
Monvert.
Dans les pays des Camisards
Le
Pont de Montvert est situé dans une vallée
fort encaissée où serpente le Tarn. On y admire surtout le Pont des Ânes, tout
étroit, et quelques anciennes demeures. La ville a aussi son importance
historique. Ici débuta la longue lutte entre les Dragons du Roi et les Camisards
protestants. En 1702, des Camisards ont assassiné ici l'abbé Chayla.
La guerre reprit alors avec vigueur, chaque camp connaissant à son tour un succès provisoire. Jadis, au 16' siècle, de grandes parties de la France étaient protestantes. Certains personnages en vue à la cour du roi de France n'acceptaient pas cette situation et, en 1572, eut lieu la Nuit de la Saint-Barthélémy.
Henri IV, qui avait lui-même eu une éducation protestante
essaya de concilier les parties en présence et, en 1598, fut signé l'Edit de
Nantes. Les protestants obtenaient dorénavant la liberté du culte en France.
Mais en 1865, Louis XIV fit révoquer cet édit. Alors débuta plus précisément
pour les Cévennes la lutte des
Camisards (1702 - 1710). Les protestants cévenols ne pouvaient plus occuper
d'emploi public et ils étaient les victimes de nombreuses brimades.
Au début, les protestants l'emportèrent mais, plus tard, ils durent plier à cause de leur infériorité numérique. Cependant, le protestantisme est encore présent dans le sud des Cévennes. Plusieurs tendances sont encore actives, principalement le calvinisme. Comparé aux Pays-Bas, ce calvinisme est beaucoup moins strict et présente un cachet méridional. Entre-temps, les combats sont finis depuis longtemps et protestants et catholiques vivent en paix.
Atmosphère méditerranéenne
A partir de Pont de
Montvert (quatrième étape), nous arrivons doucement dans un paysage méridional.
Les rochers de granit du Mont Lozère font place au schiste et les conifères ont
disparu. A hauteur du col de Planette nous quittons un moment le sentier
Stevenson ( qui oblique vers
Florac) et suivons le
GR72 vers
Cassagnas. Cette nuit, nous logeons au gîte d'étape Mas de la Frutgère, tenu par
Patrick Saintemarie qui connaît ce sentier en détails. Nous lui demandons si ce
sentier n'est pas trop fréquenté. Il nous répond: " D'abord, c'étaient surtout
les Anglais et les Ecossais qui venaient découvrir cette randonnée. Depuis
quelques années, nous sommes également reconnus ailleurs à l'étranger et
régulièrement nous y voyons aussi nos propres compatriotes. Mais le sentier est
rarement fort fréquenté. "
De
Cassagnas, un chemin direct mène à Serre
de la Can (5' étape) via le col des Laupies. Mais nous restons fidèle au sentier
Stevenson et nous trouvons les indications nécessaires un peu au sud de
Cassagnas (traverser la N 106). Nous parcourons à nouveau des bois variés, ce
qui procure un peu d'ombre. Légèrement à l'écart de notre route se trouve Le
Plan de Fontmort, un carrefour de chemins.
Au
temps des Camisards, on s'y battait régulièrement. Une plaque y commémore le
100' anniversaire de l'édit de Nantes. Nous suivons un large sentier qui nous
donne de belles vues dégagées sur la vallée Française. Un peu plus loin à notre
droite, un grand menhir est dirigé vers la vallée. Il aurait un rapport avec
l'adoration du soleil ou avec certains rites de fertilité. Via le col de la
Pierre Plantée (891 m), un point de repère au milieu des bois, nous descendons
doucement vers Serre de la Can. C'est un centre de vacances avec hôtel gîte
d'étape, chalets et piscine.
Du
Serre de la Can, nous descendons vers le beau village de
St Germain de Calberte
(église romane). Nous quittons ce bourg via la D 983 en direction de Saint Jean
du Gard. Au début, notre itinéraire réussit à éviter l'asphalte, mais, plus
tard, il nous faudra suivre la route quelques fois pendant un assez long moment.
En chemin, on peut aussi prendre un embranchement vers le gîte d'étape Pont de
Burgen (à un kilomètre du sentier) si on veut y aller passer la nuit. On arrive
ensuite au village touristique de Saint Etienne Vallée Française. Un peu après
le pont sur le Gardon, le sentier Stevenson plonge plus profondément dans
l'arrière-pays, pour atteindre le terminus Saint Jean du Gard via le col de
Saint Pierre (596 m). Si vous voulez éventuellement dormir au gîte de Marouls,
vous devez nécessairement continuer à suivre la D 983.
La septième et dernière étape est en fait fort courte (7 km ou deux heures) mais elle vous permet de prendre le bus à Saint Jean du Gard pour Alès. En tout cas, je ne peux que vous conseiller d'aller parcourir cette partie des Cévennes.
Ancien hôtel de villégiature avec magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile Gîte d'étape et de séjour se situe à La Bastide Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France, au croisement des GR 70 Chemin Stevenson, GR 7, GR 72, GRP Le Cévenol, GR 700 Voie Régordane (Chemin de St Gilles), le sentier des Gorges de l'Allier, le Tour du Roujanel, le Tour de la Montagne Ardéchoise et le Tour de Margeride. Idéal pour un séjour de détente.