
GR70 Un chemin aux visages multiples
Jean Claude Bourlès
Robert
Louis Stevenson n'a pas tout à fait vingt-huit ans lorsqu'il arrive, en
août 1878, au Monastier-sur-Gazeille,
village situé à une vingtaine de
kilomètres du Puy-en-Velay. Ecossais,
distingué, parlant couramment français,
voyageur bohème, poète et dessinateur, l'auteur de L'île au trésor et de Docteur
Jeckyll et Mister Hyde intrigue. D'autant qu'il s'installe à
l'auberge d'où il part chaque jour pour de longues promenades dans le pays.
Terrible observateur, il ne se contente pas de dessiner les dentellières
travaillant dans les rues, mais note ce qui se fait et dit, dont il fera
l'intéressant portrait d'une Ville en
montagne de France.
Quelques semaines plus tard, après
avoir beaucoup flâné dans les environs, il part, quitte le Monastier-sur-Gazeille pour
rejoindre, à pied, Saint Jean-du-Gard. Vu de Haute-Loire, ce périple semble
complètement déraisonnable à son entourage qui, ne retenant que les risques,
n'en mesure pas l'intérêt. En fait, bien que de santé fragile, Stevenson a
besoin de grand air et d'exercice, de découvertes et d'aventures. Fasciné par
l'histoire protestante - religion à laquelle il appartient -
il veut approcher les hauts lieux Camisards des
Cévennes, tout en découvrant
ces Highlands françaises de la façon la plus authentique qui soit; par les
chemins, drailles et sentiers.
Peut-être désire-t-il aussi effacer par cette
quête intérieure le souvenir de Fanny Osbourne, une Américaine, mariée et mère
de famille, rencontrée à Barbizon et dont il est tombé amoureux. Quoi qu'il en
soit, parti du Monastier-sur-Gazeille le 22 septembre 1878, il arrive douze jours plus tard
à Saint Jean-du-Gard, d'où il rejoint Alès en diligence après avoir vendu son
ânesse, Modestine. Dans sa valise, soixante-dix pages d'écriture serrée
relatent sa randonnée; le futur Journal de route en Cévennes, appelé à
connaître un beau succès littéraire. Lui l'ignore, comme il ignore qu'il vient
d'ouvrir l'une des voies les plus mythiques de la randonnée pédestre.
Le
GR70 traverse les départements de Haute-Loire et de Lozère avant de s'achever sur une ultime
poignée de kilomètres dans le Gard. Hormis la Trappe de Notre Dame des Neiges,
aujourd'hui hors chemin - hébergement possible sur demande expresse et dans la
limite des places disponibles - ce chemin suit fidèlement celui que suivirent
Stevenson et Modestine à l'automne 1878.
Partant du Monastier-sur-Gazeille, le sentier permet de découvrir, après quelques montées un peu rudes, le plateau du Velay. Celui-ci n'est guère avare de paysages grandioses, et de villages typiques en constructions de pierres de lave. Clins d'oil du souvenir, les auberges - dont certaines en activité - où l'écrivain fit étape, méritent une pause, ne serait-ce que pour se désaltérer, acheter des cartes postales, ou s'imprégner de l'esprit des lieux. Bienvenue et reconstituante, une soirée à la ferme auberge du Bouchet-Saint-Nicolas, ressuscitera le souvenir de Stevenson qui hébergea dans ce village.
La seconde étape peut facilement atteindre Langogne par de très beaux chemins de terre et de sentes forestières.
Franchissant le pont sur l'Allier, on pénètre
ensuite en Lozère, très exactement dans l'ancien Gévaudan toujours habité par
le souvenir de la bête. L'Auberge du Cheylard l'Evêque est une étape désignée à
quelques lieues de l'endroit où, perdu dans l'obscurité et sous la pluie, Robert
Louis Stevenson passa sa première nuit à la belle étoile. Le GR70 gagne ensuite La
Bastide Puylaurent, avant d'attaquer le lendemain les pentes du Goulet par
les chemins forestiers du Moure de la Gardille. Montée plus longue que difficile qui offre de
très belles vues sur les forêts d'Ardèche et de Lozère. A Chasseradès,
l'auberge où l'écrivain s'arrêta existe toujours. Il y rencontra des géomètres
chargés des études de la future voie ferrée, que l'on suit jusqu'au village de
l'Estampe, d'où l'on gagne Le Bleymard par un enchaînement de cols et de
descentes. C'est dans les environs de Chasseradès que se situe la ligne de
partage des eaux et que commence le Sud.
« Ici se terminait la première
partie de mon voyage, c'était comme le prélude d'une douce harmonie avant
d'entrer dans un autre voyage plus beau. » Cette première étape languedocienne
enchaîne l'ascension du Mont Lozère et
du Col de Finiels et la
rude descente vers le très beau village de Pont-de-Montvert. Ce qui
fut descendu la veille devant se remonter le lendemain, il est conseillé de
donner du temps au temps dans l'ascension vers le plateau, ne serait-ce que
pour admirer le village alangui le long du Tarn, dont chaque lacet découvre un
aspect différent. L'étape du jour conduità
Florac par les cols de la Planette,
le signal du Bougés et le col du Sapet, autant d'efforts récompensés par des
vues époustouflantes sur les Cévennes.
Comparée à la journée précédente, celle
qui conduità
Cassagnas prend des allures de flânerie bucolique au milieu de
châtaigneraies centenaires, puis passé Saint-Julien-d'Arpaon, le long de
l'ancienne voie de chemin de fer surplombant les gorges de la Mimente. Ces
gorges où l'écrivain « trouva uncreux sous un chêne qui lui tint
lieu de lit ». L'avant dernière étape consacre la traversée du pays Camisard
cher au cour de Stevenson, qui passa la nuit dans une auberge de Saint-Germain-de-Calberte.
Nous sommes dans les Vallées françaises, région
austère et sauvage, lieu de combats et de répression (cent soixante villages et
hameaux incendiés dont quelques traces demeurent entre Cassagnas et le col de la
Pierre Plantée). Cette étape riche en curiosités -sites naturels,
mégalithes- trouve son aboutissement naturel à Saint-Etienne-Vallée-Française,
d'où l'on gagnera Saint Jean-du-Gard par le col de Saint-pierre, ultime
ascension de cette superbe randonnée.
Un chemin aux visages multiples
L'un des attraits du Chemin de Stevenson réside incontestablement dans la
variété des pays traversés. Velay, Margeride, Gévaudan, Vivarais, Cévennes
offrent ainsi au passant l'image de cultures ancrées dans l'agriculture, la
gastronomie, l'architecture ou les traditions. Loin de les opposer, ces
caractères hérités d'une économie autarcique, les unit dans les deux faces d'une
même personnalité. A tel point que l'on peut avancer sans risque d'erreur. Si la
Haute-Loire et la Lozère -tout au moins jusqu'au Pont de Montvert- départements à dominante catholique, se rattachent culturellement à la
France du nord, l'Ardèche et le Gard, protestants, ouvrent les portes du sud et
de la civilisation méditerranéenne. Evolution sensible, à laquelle le randonneur
ne peut échapper, et dont il peut jouer comme moyen de découverte ou
d'approfondissement de son voyage.
Guide pratique
***
Ancien hôtel de villégiature avec un magnifique parc au bord de l'Allier, L'Etoile Gîte d'étape et de séjour se situe à La Bastide-Puylaurent entre la Lozère, l'Ardèche et les Cévennes dans les montagnes du Sud de la France. Au croisement des GR7, GR70 Chemin Stevenson, GR72, GR700 Voie Régordane (St Gilles), Cévenol, Gorges de l'Allier, Roujanel, Montagne Ardéchoise, Margeride et des petites randonnées à la journée. Idéal pour un séjour de détente.